vendredi 1 mai 2026

Texte complet final

 

Cindy


Prologue

- Pff, je suis crevée ! On arrête un moment ?

- Avec plaisir ! Il fait trop chaud pour jouer !

Essoufflées et en sueur, Cindy et Christelle interrompent leurs passes de basketball et rejoignent l’ombre de la tribune.

- Alors cette robe ? Tu l’as trouvée ?

- Oh Christelle ne m’en parle pas ! Ma mère me tanne à longueur de journée pour que je sois attifée comme elle pour la réception de leur anniversaire de mariage ! Moi, en robe longue ! Je ne porte que des jeans ! J’avais trouvé chez Jean-Paul Gaultier un pantalon noir garni de strass et de paillettes et un top assorti ! Elle n’en n’a pas voulu ! Il m’a coûté une fortune ! Une ROBE longue et rien d’autre, elle n’en démord pas ! Un truc que je ne mettrais qu’une fois ! Nous vivons une autre époque tout de même !

- Pour cette fois particulière, tu peux tout de même faire un effort, tout le gratin de Troyes sera présent !

- Je te jure, des parents pareils ! Quelle engeance !

- Il y a beaucoup de gens qui aimeraient être à ta place. Avoir une mère professeure d’univ’ et influente au niveau départemental, un père secrétaire de mairie, un frère brillantissime…

- Mon rêve, lui, est bien plus modeste ! Si je pouvais enseigner à l’école maternelle qui va s’ouvrir au village, je serais la plus heureuse des nanas, en jean !

- Pour enseigner, je ne sais pas si c’est une tenue appropriée…

- Alors, je ne concède qu’un chemisier sur mon jean et je garde mes baskets, bien entendu !

Les deux amies éclatent de rire et remontent sur le terrain pour terminer leur entraînement hebdomadaire qui se passe toujours dans la bonne humeur…

*

Quelques semaines plus tard, juste sortie du lit et à jeun, Cindy entame comme chaque matin, un footing d’une demi-heure dans la campagne environnante. Elle n’a pas fait cent mètres que son portable sonne :

- Ma chérie ! Ça y est ! J’ai réussi à t’obtenir la place que tu souhaitais si ardemment à la nouvelle école de Bouranton !

- Oh maman ! Comme je suis heureuse !

- Je te dois bien ça ! Je sais quel effort tu as dû faire pour l’anniversaire de tes parents. Ta robe est toujours chez nous. Tu ne veux pas la récupérer ?



Chapitre 1



- Quand vas-tu te débarrasser de cette vieillerie ?

- Cette vieillerie comme tu dis, m’a accompagnée toute ma vie ! Il n’est pas question que je m’en sépare…

- Ce sac à puces est pelé ! Il lui manque un œil et un bras tient encore à peine en place…

- Léo, c’est la centième fois qu’on en discute. Ce vieil ours est mon doudou et il restera là !

- Bon, je ne te demande pas de le jeter mais au moins cache-le dans une armoire. Ce truc miteux est ridicule sur ton canapé. Cet attachement est puéril et indigne de ton âge !

- Mon âge ? C’est aussi le tien et ta collection de petites voitures Dinky Toys n’est pas puérile, sans doute ?

Désireuse de ne pas envenimer la sempiternelle dispute, Cindy concède enfin à son compagnon de remiser l’ourson décati dans la vitrine du hall d’entrée qui contient sa première paire de chaussons de danse… Là, Nounours pourra prendre la poussière en toute quiétude et n’offusquera plus le regard d’esthète de Léo !

Mis à part cet objet de dissension, le couple qu’elle forme avec le meilleur ami de son frère aîné coule des jours heureux depuis leur première rencontre. Comme elle, Léo aime le basketball et la course à pied. Quand Cindy suit ses cours de piano, Léo se rend au gymnase pour lever de la fonte.

En fin de semaine, ils arpentent souvent le parcours qui traverse la forêt domaniale toute proche, l’occasion de prendre une grande bolée d’air frais teintée de chlorophylle.

*

- Allô ? Christelle, nous t’attendons au terrain de basket. Qu’est-ce que tu fiches ? Léo, je tombe sur son répondeur. Je suis inquiète, ce n’est pas dans ses habitudes de nous faire faux bond.

- C’est vrai qu’elle n’est jamais en retard. Tu crois qu’elle a été de sortie hier soir, qu’elle a bu comme d’habitude ? Elle devrait faire attention, elle est sur une mauvaise pente !

Christelle ne s’est pas présentée au rendez-vous hebdomadaire de Bouranton et n’a donné aucune nouvelle. Au comble de l’inquiétude, en fin d’après-midi, Cindy prend sa voiture pour se rendre à l’adresse de son amie à Troyes. Au milieu du trajet, elle voit une voiture accidentée abandonnée sur le bas-côté de la route. Surprise, Cindy freine brutalement et se range derrière le véhicule atrocement cabossé. C’est la Mégane de Christelle ! Des traces de sang maculent le siège du conducteur complètement déformé...

Paniquée, Cindy informe Léo et lui annonce qu’elle se rend au grand hôpital de Troyes. Alors qu’elle reprend la route, Léo contacte le Centre Hospitalier pour savoir si leur amie a bien été admise aux urgences.

Aucune victime ne correspond au signalement de Christelle et il n’y a eu aucune admission provenant de la départementale 186…

C’est complètement désemparé que Léo s’adresse à la gendarmerie locale avant même de prévenir Cindy de l’inutilité de sa destination. Par les gendarmes, il apprend que Christelle, très gravement blessée, a été transportée par hélicoptère au Centre Universitaire Robert Debré de Reims ...

*

Après avoir subi plusieurs interventions, Christelle poursuit une lente revalidation dans un institut de Troyes. Elle y reçoit régulièrement la visite encourageante de ses amis. Cindy et Léo ont repris leur train-train habituel. Celle-ci attend maintenant avec impatience la confirmation de son affectation à la nouvelle école municipale où elle sera en charge de gosses de trois à cinq ans. Dans l’attente de sa prise de fonction, elle se met à créer pour ses futures pupilles un herbier avec les plantes les plus courantes de la région de Bouranton. Son compagnon l’aide à dégoter les exemplaires dont elle a besoin, grâce aux connaissances de son père agriculteur. D’autre part son métier de graphiste sur ordinateur lui permet de faire une mise en page des plus agréables de l’ouvrage en cours de réalisation. Ce travail en commun les rapproche plus encore si besoin est...



Chapitre 2



8 bis, rue de l’École, la cloche de l’école élémentaire et maternelle sonne l’heure de la rentrée. Pour Cindy, elle marque le début d’une nouvelle vie. Elle se tient sur la première marche du couloir qu’elle va devoir emprunter pour rejoindre le local qui sera sa classe. La porte de celle-ci arbore déjà « Melle CINDY » sur une plaquette cuivrée.

Elle devrait être heureuse mais un curieux sentiment d’inquiétude la submerge alors qu’elle regarde les bambins qui vont vivre pour la première fois ce qui sera leur quotidien durant de nombreuses années pour la plupart. L’insouciance de la petite enfance ne dure que peu de temps…

Pendant que les gosses s’installent dans un joyeux brouhaha et selon leurs affinités, Cindy plonge dans son cartable et en retire la liste de ceux qui lui sont confiés. Commence alors pour elle le fastidieux travail du relevé des présences et surtout la mémorisation des noms à associer à ces visages le plus souvent inconnus… Ensuite elle procède à un repositionnement de certains pour éviter que les plus turbulents ou ceux qui se connaissent déjà ne soient regroupés.

- Maintenant que vous avez chacun votre place pour l’année, je vous demande de bien regarder le petit animal qui est peint sur votre table et d’aller accrocher votre blouson au porte-manteau sous l’image du petit animal...

- Madame, j’aime pas ma bête, je veux un chat !

- J’arrangerai ça pour demain, en attendant tu gardes celui-là.

- J’aime pas cette bête !

Le pauvre gosse se met à pleurer bientôt suivi par plusieurs autres également mécontents du choix dû au hasard...

Un peu dépassée par les événements, Cindy farfouille à nouveau dans son cartable et en retire un gros coquillage qu’elle a ramené de Zanzibar. Les petiots plutôt habitués aux petits coquillages ternes de la Manche, sont médusés par la taille du cauri aux reflets chatoyants. Un certain calme revient dans la classe quand le grand cauri passe de mains en mains.

Finalement pour un premier contact avec les enfants, elle se dit qu’elle ne s’en tire pas trop mal. Deux heures à peine viennent de s’écouler que déjà le tintement de la cloche appelle tout le monde en récréation. En ce premier jour d’école de la vie de leur progéniture, certaines mamans sont accrochées aux grilles de la cour. Émotionnées, elles communiquent leur désarroi à leurs bébés chéris qui ne les comprennent pas et, paniqués, désemparés, tentent de glisser leurs petits bras entre les barreaux pour rejoindre le giron maternel…

Le retour en classe s’effectue dans le plus grand chaos. La directrice rassure Cindy :

- Ne vous inquiétez pas, c’est toujours ainsi le premier jour. Des parents sont parfois plus stressés que leurs gosses. Cela leur passera très vite quand ils se rendront compte que, le mioche à l’école, ils retrouvent une certaine liberté !

Les pioupious à leurs places, Cindy décide de juger la connaissance de l’alphabet et s’ils peuvent écrire leurs noms sans fautes. Elle se concentre sur chaque élève en particulier. Heureusement sa première classe à l’école « Les P’tits Loups » ne compte qu’une douzaine d’âmes du village et des alentours. Le reste de la matinée se déroule sans incident notoire si ce n’est qu’un des garçons n’a pu se retenir et a mouillé son pantalon sans que ses camarades ne s’en aperçoivent…

A l’interruption de midi, la plupart des enfants ont été repris par leurs parents pour déjeuner à la maison. Cindy reste donc à l’étude avec tous les élèves de l’école qui ne rentrent pas chez eux.

- Hé bien toi, où est ta boite à tartines ? Dans ton cartable ?

- Maman est malade, elle ne l’a pas faite…

- Tiens, tu peux manger mon sandwich. J’ai encore une pomme pour moi…

- Je peux avoir la pomme ? Je préfère...



La journée s’est terminée sans rien de remarquable. Après un début un peu chaotique, Cindy a réussi à apprivoiser ses ouailles et ils se sont quittés de bonne humeur et avec force de « au revoir » et de petits bisous.

Le cauri trône comme porte-bonheur sur un appui de fenêtre hors de portée des menottes enfantines...



Chapitre 3



Décembre ! Les premières neiges sont tombées. Le premier trimestre scolaire s’achève et la petite classe de Cindy consacre le dernier jour d’école à bricoler les garnitures pour étoffer le sapin de Noël qui trône au centre de la cour de récréation et qui sera dépiauté à la rentrée de janvier…

*

- Les enfants ! J’ai une surprise pour vous ! J’ai apporté deux galettes car aujourd’hui c’est la fête des Rois ! Une pour les filles et une pour les garçons. Il y aura donc un roi qui choisira sa reine et une reine qui choisira son roi. Vous voyez que j’ai disposé les tables en rond, comme ça vous pourrez vous faire face et voir ceux qui vont tirer les fèves et devenir rois et reines pour la journée...

Après quelques heures joyeuses et insouciantes, déjà la semaine de Cindy à la tête de son nouveau petit royaume se termine…

*

- Encore des fleurs ? Léo ! Je ne sais plus où les mettre ! Je n’ai même plus de vase disponible…

- Mon amour, la sœur de mon meilleur ami, mérite bien ce petit témoignage de ma folle affection !

- Chaque fois que je rentre, j’ai l’impression d’entrer dans un magasin de fleurs…

- Tu en es la plus belle !

- … et leur parfum ne m’enivre plus mais commence plutôt à me saouler, excuse-moi !

Léo est quelque peu désarçonné par la réaction de Cindy et, penaud, n’ose la prendre dans ses bras…

- Embrasse-moi, idiot ! Je t’aime et ta seule présence me suffit amplement !

*

- Bonjour les amoureux ! Je vois que tout va toujours très bien entre vous.

Christelle pointe le bout de son nez. C’est la première fois qu’elle revient après une demi-année d’immobilisation hospitalière à la suite de sa sortie de route. Profitant d’une après-midi radieuse, elle s’est décidée à étrenner sa nouvelle voiture en venant jusqu’à Bouranton.

Cindy et Léo, au comble de la surprise, manifestent bruyamment leur joie.

Au cours de la soirée, le trio d’amis s’est plongé dans leurs souvenirs communs en feuilletant des albums de photos de leur jeunesse…

- Oh Cindy, regarde, c’est ton frère et moi lors d’un camp de scouts ! Qu’est-ce qu’on était tapés…

- Comme nous tous avec quelques kilos de moins !

- Je trouve, moi, qu’on n’a pas tellement forci, simplement les cheveux un peu moins longs…

- C’était une belle époque…

- Pour ma part, dit Cindy, je ne suis pas nostalgique…

- J’ai vu ça avec ton doudou ! ajoute un Léo hilare qui, le vin blanc aidant, est un peu pompette.

Cindy qui a fait preuve d’une récente sobriété, termine son verre d’eau alors que Christelle annonce qu’elle veut profiter des dernières lueurs du jour pour rentrer à Troyes.

Leur amie partie, Léo termine allègrement la bouteille de Muscadet. Ils sont tendrement enlacés sur le canapé.

- Léo, la prochaine fois ne vient plus avec des fleurs ! Viens plutôt avec ta valise…

- Que dis-tu ? Tu souhaites que je m’installe à demeure chez toi ?

- Comme ça tu verras ce que c’est de vivre parmi cette végétation ! Dit Cindy en riant.

*

Au grand dam de Cindy, Léo n’est pas empressé d’emménager chez sa compagne. Même si ses sentiments envers elle ne sont pas remis en cause, il redoute un peu de se voir privé d’une certaine liberté dont il a besoin pour apprécier pleinement sa relation. De son côté, Cindy, qui ne montre pas son désappointement, s’efforce de se convaincre que la décision de Léo n’a aucune importance et n’influe pas sur leur vie de couple…

C’était sans tenir compte de la présence de plus en plus assidue de Christelle…

Cette situation n’a pas échappé au frère aîné de Cindy, le meilleur pote de Léo qu’il a mis en garde contre cette intrusion dans leur union. Loin de s’en soucier, Léo semble apprécier de plus en plus Christelle dont il adore la désinvolture et la joyeuse insouciance...



Chapitre 4

- Noiraud !

Où est-il encore passé ce foutu chat se demande Cindy en remplissant sa gamelle.,

- Ah, te voilà toi ! Ton copain préféré nous rend visite !

Cindy est contente de recevoir son frère, elle a une chose importante à lui annoncer. Après le rituel des retrouvailles avec le chat et une Cindy sur des charbons ardents, le frère s’enquiert de la raison de l’appel de sa sœur. Soudain grave, Cindy commence par lui faire promettre de ne pas divulguer, ce qu’elle va lui confier. Elle insiste vraiment sur ce point, à personne ! Chose faite, intrigué, Noah, reçoit la confidence…

- Léo doit être au comble du bonheur !

- Il ne sait rien et je déciderai du moment opportun pour lui annoncer !

Étonné mais ravi de devenir oncle plus tôt qu’il ne pensait, Noah s’inquiète de l’étrange exigence de sa sœur. Elle lui explique qu’avec son compagnon, il n’a jamais été question de mariage, encore moins d’enfant. Comme Léo n’a pas saisi l’occasion de vivre en couple avec elle et a gardé son studio à Troyes, elle attend d’être sûre de connaître la profondeur de ses sentiments…

La confession faite, Cindy ajoute en souriant avoir déjà l’odeur des langes dans les narines mais reste d’une sérénité toute réfléchie. Elle est sans angoisse quant à une première grossesse et elle envisage, le cas échéant, devoir l’assumer toute seule.

Noah ne lui fait pas part de ses craintes. A plusieurs reprises il a eu la possibilité de voir le petit manège de Christelle : elle se joue du trouble et de la faiblesse de son meilleur ami qui, à ce jour, n’a cependant pas encore succombé à la tentatrice...

*

- Cindy, je te trouve changée depuis quelque temps. As-tu quelque chose à me reprocher ? C’est parce que je ne suis pas à demeure ici ?

- Je suis fatiguée, c’est tout ! Léo, j’ai parfois l’impression qu’ensemble ce n’est plus tout à fait la même chose. Où sont nos soirées pizzas ? Tu me sembles moins présent et tu parles souvent pour ne pas dire presque exclusivement de Christelle que je vois de moins en moins… Nous, est-ce que nous sommes un vrai couple avec ce que cela suppose de vie commune et pourquoi pas d’enfant ?

- Tu veux te marier ? Avoir des enfants ? Tu n’en vois pas assez tous les jours ? Nous n’allons tout de même pas nous embourgeoiser maintenant, pas déjà !

- Je ne pensais pas au mariage…

- Non ? Que dois-je comprendre ? Tu es enceinte, c’est ça ? Ne me dit pas que c’est ça ?



Passée la stupeur, Léo se précipite dans les bras de Cindy et pleure de joie. Celle-ci ne s’attendait pas à cette réaction. Elle en est même presque décontenancée mais bien vite un tsunami de bonheur la submerge.

De commun accord, les futurs parents décident de taire leur attente jusqu’au jour où il ne sera plus possible de dissimuler l’événement à venir. Repliés sur eux-mêmes, ils ont abandonné les samedis après-midis de basketball au profit de la chorale municipale.

Malgré quelques nausées causées plus par le parfum des fleurs que Léo s’obstine à offrir que par un souci strictement médical, le ventre de Cindy s’arrondit et ils seront bientôt obligés de proclamer une naissance hors mariage...

Le parrain est déjà élu, ce sera Noah, le frère, l’ami fidèle qui donnera son prénom. Si une fille pointe le bout du nez, son prénom n’est pas encore choisi. Sera-ce celui de Christelle mise dans la confidence de la grossesse ?

Chapitre 5



La récréation vient de commencer dans la cour du bâtiment de la mairie qui abrite la petite école. Habituellement à ce moment, Cindy surveille les ébats des petiots mais cette fois, elle est convoquée chez sa directrice, Ameline.

Inquiète, elle se rend à l’étage où se trouve le bureau directorial, non sans avoir interrogé du regard ses deux collègues qui se contentent de hausser les épaules...

- Cindy, je t’ai appelée, tu devines pourquoi !

- Pas vraiment. Ma grossesse peut-être ?

- Tout se passe bien ? Je suppose que tu vas rester en classe le plus tard possible mais je dois savoir quand tu comptes accoucher. Je dois m’y prendre maintenant pour te trouver une remplaçante…

- Oh Ameline ! Il est trop tôt pour le savoir précisément. Ce sera à la rentrée prochaine…

- Donc tu devras être remplacée pendant tout le premier trimestre au moins. Évidemment, il me sera plus aisé de trouver quelqu’un pour l’année complète que pour quelques semaines...

- Je vais donc perdre l’année complète, si je comprends bien ?

- Tu auras de toute façon de quoi t’occuper, tu vas pouponner !

*

Une fois de plus Léo cherche une consolation à son désarrois chez leur amie.

- Christelle, ma petite chérie, je ne comprends plus Cindy. Tantôt elle me paraît distante, me houspille même, parfois au contraire elle s’accroche à moi comme si elle était en perdition… Il m’arrive aussi d’avoir l’impression qu’elle est jalouse de toi !

- Léo, tu dois savoir qu’une femme enceinte voit son univers bouleversé sans parler des troubles physiques qu’elle subit. C’est donc évident qu’elle ait des sautes d’humeur. Quant à sa prétendue jalousie, elle est normale à cause de son état, elle se sent sans doute reléguée en dehors de notre trio du samedi après-midi. De plus ta réticence à loger chez elle ne la rassure pas…

- J’ai peur d’être phagocyté par notre relation et j’apprécie qu’elle ne soit pas estampillées par des considérations traditionnelles.

- Léo, peut-être que tu ferais bien d’emménager chez elle... Cela renforcerait votre couple et démontrerait à Cindy que vous faites cet enfant vraiment ensemble.

- Oui, je pense qu’elle en serait heureuse…

De son côté Cindy est malgré tout convaincue que Léo n’éprouve pas d’autre sentiment qu’amical pour leur amie de longue date.

*

Cindy et Léo cohabitent à présent à Bouranton et se promènent dans les rues de Troyes à la recherche de ce dont leur futur bébé aura besoin. Puisqu’ils ne sont pas mariés et ne l’envisagent d’ailleurs pas, ils ont décidé symboliquement que l’enfant, lui, ne portera que du blanc du moins dans un premier temps, et qu’un voile immaculé de mariée couvrira son berceau !

*

- Mademoiselle Cindy, ma maman a dit que la cigogne allait bientôt passer chez vous...

- Ma mère a dit que les choux allaient offrir une surprise dans les semaines qui viennent…

- La mienne que c’était une rose qui l’apportera !

- Mes loulous, mes petits chéris, oui bientôt, je vais être moi aussi une maman. Un petit bébé est en train de grandir dans mon ventre. Je ne sais pas si ce sera un petit garçon ou une petite fille, nous n’avons pas voulu le savoir…

- Qu’est-ce que vous préférez ? s’exclament plusieurs bambins.

- Je n’ai pas de préférence, garçon ou fille peu importe ! Mon cœur ne fait pas de distinction.

- Mais Mademoiselle, un garçon et une fille, c’est pas la même chose !

- Bien sûr, il y a des différences physiques entre vous mais chacun de vous est unique et également précieux. Ce sont vos particularités, vos originalités qui font notre richesse, notre humanité...

*

- Noiraud ! Qu’est-ce que tu as fait ?

Au cours de sa course nocturne quotidienne dans l’appartement, le chat a glissé sur la table fraîchement cirée et a entraîné dans sa chute un plateau à tarte en cristal hérité de la grand-mère de Léo ! Passé un bref moment de colère mêlé de tristesse, Léo ne peut que sourire à la réflexion de Cindy :

- Dommage que ce soit arrivé en pleine nuit. En s’écrasant sur les tomettes, le cristal a dû joliment tinter !



Chapitre 6



Au bord de l’étang, les canards cancanent joyeusement autour des marmots de Cindy. Les mioches les plus courageux tendent des bouts de vieux pain et s’amusent du pincement des becs faussement affamés. C’est une belle journée d’automne et l’école au complet est en classes vertes. La directrice Ameline les accompagne. Un peu à l’écart du charivari, assise à l’ombre d’un saule, Mademoiselle Cindy caresse son ventre rebondi à la recherche de petits coups de pieds…

L’accouchement est imminent. La valise qui l’accompagnera à la maternité est dans le coffre de la voiture depuis plusieurs jours. Léo a prévenu son employeur qu’il risquait de devoir s’absenter dans les jours ou dans les heures qui viennent…

La remplaçante a été trouvée et est impatiente de reprendre les rênes de la classe ! Cette collègue intérimaire est rigoureusement briefée. Cindy ne veut pas voir sa manière d’éduquer ses petits remise en cause par quelqu’un qui ne sera là que pour un temps relativement bref. En effet Cindy a clairement fait savoir à sa directrice qu’elle espérait pouvoir reprendre sa place le plus rapidement possible après la naissance de son bébé. Elle ne veut pas perdre l’année scolaire dans sa totalité...

*

- Cindy, que se passe-t-il ? Ça ne va pas ?

- Je perds les eaux, Ameline. Il faut alerter Léo !

- Les collègues s’en chargeront ! Moi, je te ramène avec ma voiture à la mairie pendant que l’ambulance arrive de Troyes. Le médecin de la municipalité nous attendra dans la salle des profs…

- Ma valise !

- Plus tard !

*

L’accouchement se déclenche plus rapidement que prévu. Cindy est couchée sur son manteau posé au milieu de la grande table. Ameline et une infirmière volante ont dénudé le bas de son corps et suivent les instructions du médecin qui rappelle fébrilement les ambulanciers qui tardent... Pendant ce temps une secrétaire se précipite chez elle pour ramener couvertures, draps et serviettes de toilette. Une autre employée rassemble toutes les bouilloires électriques qu’elle peut dénicher dans les locaux du bâtiment. Le père de Cindy, secrétaire de mairie, a bien sûr quitté son bureau et assiste, inquiet, au tourbillon. Désemparé, il ne peut s’empêcher de jouer les mouches du coche.

- Ma pauvre fille, pour ton premier accouchement tu es servie ! Et Léo ? Quelqu’un a songé à l’informer de ce qui arrive ?

Inutile de préciser que cette précipitation ameute rapidement la petite municipalité de Bouranton. Certains administrés oisifs se ruent même vers la mairie et s’agglutinent aux grilles du préau. Que peuvent-ils espérer voir ?

*

- Léo, Cindy c’est pour bientôt ? Il me semble que cette naissance se fait attendre…

- Oui, mon fils tarde à paraître. Il peut arriver d’un moment à l’autre...

Léo et Christelle, tout à leur conversation, n’entendent pas la sonnerie insistante du téléphone qui est oublié dans une poche de la veste de Léo posée sur un des fauteuils du salon de Christelle...

*

La délivrance s’est finalement déroulée sans grand incident. La maman et l’enfant se portent bien. L’ambulance est arrivée juste à temps pour relayer tous ceux qui étaient autour de la parturiente réconfortée également par la présence de sa mère qui avait immédiatement été alertée par son mari.

Les employés de la municipalité rassemblent les draps et les serviettes souillés. Ils emballent également le manteau taché de sang de Cindy.

C’est à ce moment qu’apparaissent Christelle et Léo échevelé, qui se perdent en excuses. Ils précèdent de quelques minutes l’apparition de Noah, le parrain. Tous trois s’extasient devant le nouveau-né et congratulent la nouvelle maman. Celle-ci, toute à sa joie, ne songe pas à reprocher son absence à son compagnon, ce que ne manquent pas de faire ses parents...

Les ambulanciers glissent Cindy dans leur véhicule. Un urgentiste porte le bébé qui hurle « à pleins poumons » et semble n’avoir aucune séquelle de cette aventure.

- Et comment allez-vous appeler ce petit trésor ?

- On avait pensé Noah, le prénom de mon frère…

L’urgentiste se fend d’un clin d’œil amusé vers Cindy et lui dit en riant :

- Vu les circonstances, vous devriez le prénommer « Palissandre » pour qu’il se souvienne de la table qui l’a vu naître !

*

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Texte complet final

  Cindy Pr ologue - Pff, je suis crevée ! On arrête un moment ? - Avec plaisir ! Il fait trop chaud pour jouer ! ...