vendredi 2 janvier 2026

Texte 2

 

gris, bibelot, épisode indépendant


8 bis, rue de l’École, la cloche de l’école élémentaire et maternelle sonne l’heure de la rentrée. Pour Cindy, elle marque le début d’une nouvelle vie. Debout sur la première marche du couloir qu’elle va devoir emprunter pour rejoindre le local qui sera sa classe. La porte de celle-ci arbore déjà « Melle CINDY » sur une plaquette cuivrée.

Elle devrait être heureuse mais un curieux sentiment de tristesse la submerge alors qu’elle regarde les bambins qui vont entrer pour la première fois à ce qui sera leur quotidien durant de nombreuses années pour la plus part. L’insouciance de la petite enfance ne dure que peu de temps…

Pendant que les gosses s’installent dans un joyeux brouhaha et selon leurs affinités, Cindy plonge dans son cartable et en retire la liste de ceux qui lui sont confiés. Commence alors pour elle le fastidieux travail du relevé des présences et surtout la mémorisation des noms sur ces visages le plus souvent inconnus… Ensuite elle procède à un repositionnement de certains pour éviter que les plus turbulents ou ceux qui se connaissent déjà ne soient regroupés.

- Maintenant que vous avez chacun votre place pour l’année, je vous demande de bien regarder le petit animal qui est peint sur votre table et d’aller accrocher vos blousons au porte-manteau sous l’image du petit animal...

- Madame, j’aime pas ma bête, je veux un chat !

- J’arrangerai ça pour demain, en attendant tu gardes celui-là.

- J’aime pas cette bête !

Le pauvre gosse se met à pleurer bientôt suivi par plusieurs autres également mécontents du choix dû au hasard...

Un peu dépassée par les événements, Cindy farfouille à nouveau dans son cartable et en retire un gros coquillage qu’elle a ramené de Zanzibar. Les petiots plutôt habitués aux petits coquillages ternes de la Mer du Nord, sont médusés par la taille du cauri aux reflets chatoyants. Un certain calme revient dans la classe quand le grand cauri passe de mains en mains.

Finalement pour un premier contact avec les enfants, elle se dit qu’elle ne s’en tire pas trop mal. Deux heures à peine viennent de s’écouler que le tintement de la cloche appelle tout le monde en récréation. En ce premier jour d’école de la vie de leur progéniture, certaines mamans sont accrochées aux grilles de la cour. Émotionnées, elles communiquent leur désarroi à leurs bébés chéris qui ne les comprennent pas et, paniqués, désemparés, tentent de glisser leurs petits bras entre les barreaux pour rejoindre le giron maternel…

Le retour en classe s’effectue dans la plus grande difficulté. La directrice rassure Cindy :

- Ne vous inquiétez pas, c’est toujours ainsi que cela se passe le premier jour. Des parents sont parfois plus stressés que leurs gosses. Cela leur passera très vite quand ils se rendront compte que, le mioche à l’école, ils retrouveront une certaine liberté !

Les pioupious à leurs places, Cindy décide de juger la connaissance de l’alphabet et s’ils peuvent écrire leurs noms sans fautes. Elle se concentre sur chaque élève en particulier. Heureusement sa première classe à l’école « Les P’tits Loups » ne compte qu’une dizaine d’âmes. Le reste de la matinée se déroule sans incident notoire si ce n’est qu’un des garçons n’a pu se retenir et a mouillé son pantalon sans que ses camarades ne s’en aperçoivent…

A l’interruption de midi, la plupart des enfants ont été repris par leurs parents pour déjeuner à la maison. Cindy reste donc à l’étude avec tous les élèves de l’école qui ne rentrent pas chez eux.

- Hé bien toi, où est ta boite à tartines ? Dans ton cartable ?

- Maman est malade, elle ne l’a pas faite…

- Tiens, tu peux manger mon sandwich. J’ai encore une pomme…

- Je peux avoir la pomme ? Je préfère...


La journée s’est terminée sans rien de remarquable. Après un début un peu chaotique, Cindy a réussi à apprivoiser ses ouailles et ils se sont quittés de bonne humeur et avec force de au revoir.

Au moment de refermer son cartable, le cauri ramené de Zanzibar reste introuvable.

691 mots

5 commentaires:

  1. Bonjour Michel,
    Quelle précision dans l'évocation de cette première journée d'école !
    Comment ce cauri a-t-il disparu ? Perdu, égaré, volé ? Pourquoi cette importance pour Cindy ?
    Vivement la suite !
    Encore tous mes voeux !
    Bien à toi,
    Jan.

    RépondreSupprimer
  2. Bonjour Michel,
    Que ton récit est bien mené. On vit parfaitement la scène. Pourquoi un enfant n'avait-il pas de repas ? La maman est-elle trop malade ou cette famille vit-elle dans la précarité ? Et pourquoi le coquillage n'est-il pas retrouvé ? Vol ou distraction d'un enfant qui a pu le poser dans un banc ?
    En tout cas la suite s'annonce bien.
    Meilleurs vœux,
    José

    RépondreSupprimer
  3. Un premier jour de classe très bien décrit qui semble procurait une certaine tristesse à Cindy…du stress, je comprends très bien, mais de la tristesse ? comment va-t-elle résister un an dans la classe ? Le stress va sûrement passer, Cindy a des ressources mais cette tristesse, d’où vient-elle ? que cache-t-elle ? va-t-elle de pair avec le métier d’enseignante ? Aura-t-elle un lien avec la suite de ton histoire ? Je me pose des questions…
    bonne année, Michel
    Danièle

    RépondreSupprimer
  4. Bonjour Michel,
    Texte agréable à lire . J'épingle: "mais un curieux sentiment de tristesse la submerge" C'est aussi la rentrée pour elle dans sa nouvelle vie pleine de nouvelle responsabilité , il faudra assumer..." et " le
    mioche à l’école, ils retrouveront une certaine liberté !" très juste pour beaucoup de parents. Bien trouvé la disparition du cauri , son sentiment de tristesse en début de journée ressemble à une intuition.
    Comment va t'elle gérer cette disparition si le cauri n'est pas retrouvé?
    Merci et bonne année.
    Nadera

    RépondreSupprimer
  5. Bonjour Michel,

    Un texte délicieux et qui utilise habilement les consignes : la déception des gamins ; le coquillage et la mélancolie de la rentrée. On y est, dans la classe de Cindy avec les réactions en chaîne de : « J’aime pas mon animal… » et le désarroi de Cindy. Que faire ? Heureusement le cauri est là pour détourner l’attention… Tout cela sonne tellement juste.
    Sans compter l’épisode de la boite à tartines qui, mine de rien, laisse deviner que certains enfants ne vivent pas dans les meilleures conditions familiales.
    Je trouve très intéressant que Danièle se pose des questions à propos de la tristesse que, perso j’ai expliqué par le sentiment de quitter le monde insouciant de l’enfance et de l’adolescence, mais qui peut avoir de tout autres causes. La preuve qu’un mot peut susciter un univers.
    C’est un point fort de ton écriture, le non-dit, cette habileté à suggérer mine de rien que des réalités existent derrière ce que tu exposes.
    Un détail : je me demande si, au moment du départ, ce petit ne monde donnerait pas des bisous avec les « au revoir ».
    Tu termines en laissant une piste ouverte. Peut-être aura l’occasion d’y revenir. Peut-être pas… Ce sera ce que tu constateras au moment de la mise au point finale et au cas où le cauri n’aurait plus joué de rôle au fil du travail, il suffira de supprimer cette dernière phrase.
    Dans ton prochain texte, sous le signe du jaune une photo liée à un souvenir joue un rôle important.
    Bon travail,
    Liliane

    RépondreSupprimer

Texte 3

  Jaune, photo liée à un souvenir - Les enfants ! J’ai une surprise pour vous ! J’ai apporté deux galettes car aujourd’hui c’est la f...